Partager l'article ! On achève bien les chevaux: Un lit entouré d'une barrière métallique blanche où gît affaissé, que léger mouvement poitrine anime, démont ...
Un lit entouré d'une barrière métallique blanche où gît affaissé, que léger mouvement poitrine anime, démontrant qu'un souffle vie présent. Un tuyau fait tour tête pénètre
chaque coté, narines. Au pied lit, poche en plastique, fin tube monte disparaît sous les draps, accrochée, moitié emplit liquide trouble, jaunâtre marbré traces rougeâtres. Dans bras gauche, seul
encore mobile, suite l'hémiplégie qui frappe, conséquence d'un accident vasculaire cérébral, une aiguille, fixée par du sparadrap, plantée, reliée goutte à goutte. Le visage vielle dame, aux yeux
clos, au teint cireux, est figé un horrible pitoyable rictus sur tout le coté droit, comme modelé dans de la cire inerte, froide et durcie.
Un homme, à l'allure relativement jeune, plutôt grand et svelte s'avance. De toute évidence, c'est quelqu'un d'important, qui n'a pas de temps à perdre, froid, distant, hautain et arrogant. Ce "charmant" docteur, d'une voix monocorde, presque mécanique, exempte de toute sensibilité explique qu'il n'y a aucune illusion à se faire, aucun espoir à conserver, que l'état de la vieille dame ne pourra pas s'améliorer, qu'elle retrouvera plus jamais son autonomie, ses facultés perdues. Elle restera ainsi, paralysée, tout son coté droit figé, ne sera plus jamais capable de parler, de s'exprimer ni, sans doute, de communiquer de quelque manière que ce soit. Il ajoute, sans ironie, l'air très convaincu, qu'il ne faut pas s'en faire, que ce n'est pas si grave que ça, qu'elle peut "vivre" ainsi pendant des semaines, des mois, voir plus encore. Plein de son importance, de suffisance et de fatuité, il explique qu'il ne s'agit en aucun cas d'acharnement thérapeutique … "Puisqu'elle ne peut pas avaler, s'alimenter normalement, on ne peut pas la laisser mourir ainsi. L'on est bien obligé de la perfuser … C'est normal …".
Connard ! Prisonnier de ton conditionnement, de tes certitudes et de ton aveuglement, tu es incapable de te poser, ne serait-ce qu'un instant la vraie question : "Ne Peut-elle ou ne Veut-elle pas avaler ?". Tu es incapable d'imaginer qu'elle refuse tout simplement de s'alimenter car elle est en train de vivre, de subir, d'endurer ce qui fut toujours son pire cauchemar. L'age venant, à plus de 82 ans, elle avait fini par accepter, tant bien que mal, l'idée de la mort, l'idée de sa mort … Mais ça … Ne plus pouvoir contrôler rien, ne pouvoir que subir, complètement dépendante, incapable de s'exprimer, de réagir, coincée dans un semblant de vie, de survie, prisonnière, engluée dans ce corps âgé et fatigué qui l'a abandonnée et trahie, la livrant à l'entière merci des autres, de ces médecins, comme toi, professionnels jusqu'au bout des ongles, bons techniciens, sans doute, déshumanisés, certainement. Mais ça, c'est bien la pire chose qui pouvait lui arriver.
Après que la vielle dame, malgré son handicap, ait réussi, à plusieurs reprises, à arracher sa perf, le "gentil" docteur lui fit attacher avec des bandes de gaze les deux bras aux barrières cernant le lit. Bizarrement, après quelques jours de ce traitement, elle céda et accepta d'avaler ce qu'on lui mettait de force dans la bouche. Il a du être bien content, très fier de lui et de son savoir-faire, le brave "trou du cul" de toubib … grâce à lui, sa patiente pouvait de nouveau avaler, s'alimenter normalement … Il avait gagné.
Mon cul! Oui ! … Elle n'avait pas vraiment le choix, c'est le seul moyen à sa disposition pour faire cesser cette torture supplémentaire qu'on lui infligeait. Ayant ainsi prouvé qu'il était le plus fort "Trouduc", magnanime, finit par permettre qu'on lui détache les bras et même qu'on lui retire la perf. Après tout, il n'allait quand même pas accepter de laisser filer son gagne pain et tant pis pour la vieille dame hémiplégique et aphasique … Que cela lui plaise ou non, elle n'avait qu'à subir, endurer son cauchemar. De quel droit pourrait-elle avoir la prétention de choisir de se laisser aller, de vouloir quitter cette si belle, si précieuse, si douce vie ? C'est quand même lui le patron, lui qui décide. Après tout ce n'est pas pour rien qu'il avait fait de si longues, si dures et si coûteuses études.
Non mais des fois ! Depuis quand pourrait-on envisager de laisser un malade, quel que soit son état, son âge, ses souffrances physiques ou morales, libre de baisser les bras, de renoncer ? … Ce n'est quand même pas pour rien que l'on appelle celui qui souffre un "patient" … Il n'a pas son mot à dire, ce n'est pas a lui de choisir …
Il y a des jours où l'on est plus humain avec son animal de compagnie, où l'on ne veut pas le laisser souffrir … On le fait piquer.
La vielle dame, elle, n'avait pas la chance d'être un animal, elle, elle devait accepter de souffrir jusqu'au bout du bout.
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